Scolarité anglaise

L'Angleterre parie sur l'école décentralisée.

Avenue des EcolesDans les années 90, les Academies faisaient débat pour leur autonomie vis-à-vis du pouvoir central, aujourd'hui les Free schools prennent le relai. Pour le meilleur ou pour le pire pour nos enfants?

Evidemment, les points de vue divergent sur cette question, selon les interlocuteurs et les acteurs de l'éducation. Tentons d'y voir plus clair...

• Historique du vaste mouvement d'autonomie des établissements scolaires anglais

Bref rappel : Au niveau de l'administration centrale, le DCSF (Department for Children, Schools and Families), détermine les orientations politiques en matière d'éducation. Les Local Autorities ou LAS sont, en général, responsables de l'admission des élèves, de la gestion financière des établissements, de la gestion du personnel et de l'allocation des fonds. Les responsabilités des établissements varient donc en fonction de la nature de l'établissement.

Dès les années 80, on a cherché en Grande-Bretagne à rendre les établissements scolaires plus autonomes. Quelques années plus tard avec les Académies, un nouveau pas est franchi en ce sens. L'idée est alors de donner aux écoles situées dans des quartiers difficiles plus de moyens et d'indépendance, répondant ainsi à leurs problématiques locales, vis-à-vis du pouvoir local. Elles peuvent alors recruter en toute liberté en fonction de leurs besoins (matières de leur choix).

En 2010, le gouvernement de coalition de Mr Cameron nouvellement élu, partira de ces fondements « travaillistes » pour pousser plus loin encore la décentralisation. Dès lors, non seulement les écoles avec des besoins spécifiques mais toutes les écoles qui se distinguent par leur résultats peuvent acquérir le statut d'Academy.

Aujourd'hui, le niveau des écoles en Angleterre est à la baisse au regard des derniers classements Pisa qui mesure les acquis des étudiants dans les différents pays de l'OCDE. Or les Anglais ont de moins en moins les moyens de se tourner vers le système privé globalement meilleur. Politiquement, le gouvernement britannique a fait le pari d'une meilleure école grâce à la décentralisation avancée du système éducatif.

Les Free schools accentuent donc la décentralisation amorcée auparavant puisque toute association de citoyen peut concurrencer le système classique et fonder une école, tout en gardant les acquis en matière d'autonomie de gestion des Academy.

Avenue des EcolesPrenons l'exemple de Tony Young, homme de presse, journaliste qui a ouvert une Free school en 2011 : La West London Free School (WLFS). L'ambiance y est stricte: uniforme obligatoire pour les 120 élèves de 11 à 12 ans. WLFS est l'une des 24 écoles libres (Free School) ouvertes cette année. Elle a vocation à s'élargir à tout le secondaire dans un proche avenir.

Ces écoles sont gratuites, elles bénéficient du même financement que les écoles publiques. Mais à la différence de ces dernières, elles sont indépendantes des autorités locales et sont fondées par des parents (à l'instar de Tony Young père de quatre enfants), des associations (Charity) ou des professeurs mécontents du système actuel et refusant le système privé comme seule alternative.

• Les critiques à l'adresse cette décentralisation

• Les moyens mis en œuvre ont été effectués au détriment du système classique

Les dépenses d'investissement pour les free schools ont été faites en baissant de 60% les dépenses dans le réseau des écoles classiques. Ce qui représenterait un problème aujourd'hui car les free schools viseraient plutôt le secondaire alors que les besoins au Royaume Uni concerneraient davantage le primaire.

• Le droit à un enseignement classique général peut être mis à mal

Ces écoles n'ont, en effet, pas obligation de suivre le programme de l'Education nationale (National curriculum) mais doivent fournir une éducation « vaste et équilibrée », à l'instar des Académies. Sachons pour autant, qu'elles sont toujours soumises aujourd'hui aux inspections annuelles de l'Ofsted.

• On peut craindre à terme une sélection à l'entrée de ces écoles

Avenue des EcolesAujourd'hui 70% des 79 écoles qui doivent ouvrir l'année prochaine touchent des zones géographiques moins aisées que la moyenne des quartiers, il n'y a donc pas lieu ici, pour les défenseurs de cette évolution, de voire d'élitisme dans ces nouveaux schémas d'écoles. De plus pour l'instant, aucune entreprise privée n'a reçu de licence pour fonder une Free school. Il n'a y donc là pas encore lieu de penser que ce mouvement viserait à mettre les Free schools entre les mains du secteur privé.

Finalement, le processus d'autonomie de l'école en Grande-Bretagne n'est pas nouveau. Il s'est développé depuis 25 ans en Angleterre, avec dans un premier temps, les académies. En France, on est parti « d'en haut » avec l'autonomie rendue et aujourd'hui reconnue des universités. On s'interroge maintenant sur la légitimité de la mise en place de cette autonomie au sein du secondaire. Serait-ce là la voie à prendre pour plus d'efficacité et de réussite dans nos écoles ? A priori oui... nos amis Anglais nous ayant précédés dans ce processus, il serait judicieux alors de suivre leur exemple en considérant bien sur nos différences, cela, afin de prendre le meilleur de leur expérience et éviter par-là les difficultés et écueils qu'ils ont pu rencontrer sur leur parcours.

Source
  • N. Madelaine, « Education : le pari anglais des écoles Libres », Les Echos, 6 février 2012
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